| ROME PLUTÔT QUE VOUS de Tariq Teguia
- Drame
- Algérie / France - 2008
- 111 minutes
- Sortie à la vente le 22 février 2010
- Editions Shellac
|  | | SYNOPSIS | Kamal et Zina vont à la Madrague, en banlieue d’Alger, à la recherche de Bosco, un passeur censé fournir un faux passeport à Kamal. Ce dernier veut quitter l’Algérie. L’espace d’une nuit et d’un jour, Zina et Kamal ne sortent plus de ce quartier labyrinthique. Une errance pleine de contre-temps, de brimades et d’impasses.
| | POINT DE VUE | Et vous, votre café, vous le faites comment ? Avec des coquilles d'œuf dans le filtre comme chez John Ford ? Avec une de ces machines sophistiquées à capsules qui permettent de vous le vendre dix fois plus cher ? A la cafetière électrique qui donne le plus souvent une lavasse claire à l'américaine ? Ou bien à la cafetière italienne ? La cafetière italienne, c'est le mieux. Tous les gens de qualité savent que les italiens font le meilleur café. Vous ne savez pas vous en servir ? Alors précipitez vous sur Rome plutôt que vous premier long métrage de l'algérien Tariq Teguia sortit en 2006. Il y a un plan séquence où Zina, jouée par la belle Samira Kaddour, réalise l'opération en temps réel dans la cuisine familiale. Elle pourrait faire autre chose comme éplucher les légumes pour le taboulé, mais ça aurait fait trop long. Je sais, j'ai l'air de faire de l'ironie facile. Ce n'est pas (tout à fait) le cas. Il est vrai que la tentation est grande de faire léger avec un film si sérieusement dense, comme il n'est pas mauvais de faire sérieux avec des films plus légers.
Cette séance de préparation du café est pourtant une bonne illustration de l'intérêt principal du film comme de ses options de mise en scène. Tariq Teguia me semble un admirateur revendiqué de la Nouvelle Vague canal historique. Tendance Godard. Son film se structure autour de la quête du mystérieux « Bosco ». L'homme, marin au parfum d'évasion, est celui qui peut permette aux deux héros, Zina et son ami Kamal (joué par Rachid Amrani charmant de décontraction), de passer en occident. Cette quête est traversée de rencontres et de micro-évènements, rappelant quelques œuvres fondatrices de Truffaut, JLG, Rohmer ou Varda. Comme ses illustres modèles, Tariq Teguia fait le portrait d'une jeune génération coincée dans son époque et nous en fait pénétrer le quotidien. L'un aspects les plus intéressants de la Nouvelle Vague, c'était cette description des rues parisiennes des années 60, des chambres de bonne, des bars avec leur juke-box et leur flipper, des drugstores, des cours d'immeubles. C'est dans ce type de descriptions que se trouve le meilleur de Rome plutôt que vous, la découverte de cette Algérie des années 90, le banal d'un pays étouffant, retenant son souffle sous les bombes et la violence de la guerre civile inavouée. Petits bars, imprimeries en arrière-cour, paysages urbains déprimants à base de béton, quartiers résidentiels vidés, villas inachevées, un pays suspendu, entre-deux, paralysé, dont cherche à s'enfuir Kamel. « Rome plutôt que vous », c'est sans doute un peu cela, au-delà de la jolie musicalité du titre. Le désir d'ailleurs, de n'importe où, même dans la ville capitale de la chrétienté à faire des pizzas s'il le faut. Tout cet arrière-plan est passionnant, de la cafetière à la voiture, de la façon de s'habiller à celle de parler (les reproches d'utilisation de mots français), des plaisanteries sur les bombes dans les bus au portrait du policier kabyle et de ses méthodes. La part de réel dans la fiction est une réussite.
De la Nouvelle Vague, Teguia a retenu aussi un certain nombre de trucs de mise en scène. Après tout pourquoi pas ? Le film a une bonne tenue d'ensemble mais on peut chipoter sur certains choix. On trouve pêle-mêle des citations littéraires, des intertitres, du plan séquence, de la composition un peu théâtrale dans des cadres très travaillés et jouant sur la profondeur de champ, de la musique diégétique (j'adore ce mot), un certain sens de la formule dans les dialogues, à commencer par la réplique qui donne son titre au film.
Le résultat est irrégulier. Côté réussite, le long plan séquence de l'arrestation de Kamal, Zina et leur ami dans un bar par trois policiers est un morceau de bravoure intense. Côté moins réussi, la longue scène de l'errance en voiture dans le quartier résidentiel désert sur fond de crissements de pneus, malgré la belle idée qui la sous-tend, est une véritable épreuve pour les nerfs tant la bande son est agressive. Les scènes très libres avec les enfants au bord de mer ou la fête improvisée avec alcool et musique dans la cave ont la vivacité d'une œuvre jeune, tandis que la mise en place des personnages dans certains décors (la terrasse finale, l'abri pour la nuit) a un côté artificiel un peu agaçant. Si les cadres, je l'ai dit, sont soignés, la photographie signée Nasser Medjkane et Hacène Aît Kaci est assez inégale, manquant parfois de relief, de contrastes, et ne rendant pas toujours justice à la beauté des acteurs.
Le film semble lutter entre cette mise en scène qui renvoie à l'Occident, à une conception très intellectuelle (le réalisateur a fait de longues études de philosophie et d’art plastique en France), et une culture, une langue et des corps (les acteurs, leurs façons de bouger et de parler) plus spontanée, je dirais méditerranéenne. Ce dualisme rend Rome plutôt que vous passionnant à défaut d'être une complète réussite. Tariq Teguia a depuis réalisé Gabbla (Inland - 2008), présenté à Venise. C'est indéniablement un réalisateur à suivre et puis pour ce qui est du café, on a rien eu de mieux depuis Sergio Leone.
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| | FICHE TECHNIQUE | - LE FILM
 Grand prix du jury et prix d'interprétation festival Entrevues de Belfort Prix spécial du jury au festival international de Fribourg Woman and Equality award au festival international de Thessalonique Réalisation & scénario: Tariq Teguia Image: Nasser Medjkane, Hacène Aït Kaci Son: Corinne Gigon, Kader Affak Montage: Andrée Davanture et Rodolphe Molla Musique: El Hachemi L'Kerfaoui Tchamba, Cheb Azzedine, Archie Shepp, Ornette Coleman Production: Yacine & Tariq Teguia (Neffa films), Cati Couteau (INA), Helge Albers (Flying Moon) Avec: Samira Kaddour, Rachid Amrani, Ahmed Benaïssa, Kader Affak, Rabie Azzabi, Lali Maloufi, Fethi Ghares, Khaddra Boudedhane.
| | BONUS |  NOTRE AVIS : Pas de bonus pour cette édition, et c'est bien dommage. Tariq Teguia a pourtant réalisé trois courts métrages et l'on peut imaginer qu'il a donné moult entretiens pour accompagner le film. Dommage. VJ
* Bande annonce (2 min.)
| LE DVD
| NOUVEAU MASTER RESTAURÉ DVD 5 - PAL - Multizones - couleurs Image & son: Format: 16/9 Écran: 16/9 Langue(s): VO arabe stéréo Sous-titres: français
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