udd Apatow (et sa fameuse "galaxie") jouit, depuis cinq ou six ans, d'une telle hype credibility qu'on en a presque oublié déjà les Farrelly (Mary à Tout Prix), frangins pas malgré eux.
Le quadra ex-stand-uper (ex- car laborieux !) semble avoir ainsi durablement (et injustement) éclipsé ces autres plumes télévisuelles (Seinfeld) devenues mètre-étalon du rire politiquement incorrect made in USA.
Après Peter et Bob, en France, où les cheveux ont pour habitude de se voir trancher dans leur longueur par deux fois au moins, où on aime (et nous les premiers !) considérer, segmenter, distinguer... - ratiociner en somme ! -, Judd s'avère une aubaine dialectique pour opposer la potache comédie populaire de la comédie d'auteur. A la page 109 de Comédie, Mode d'Emploi - Entretien avec Judd Apatow, Emmanuel Burdeau évoque cette frontière floue et le succès mitigé en découlant sur l'Hexagone: Comédies d'Auteur ou comédies d'ados ? Comédies intelligentes ou comédies stupides ? (l'intéressé répond d'ailleurs un peu à côté, incriminant les adaptations linguistiques).
Certes oui, la question est là: Supergrave a-t-il à voir avec American Pie, ou bien ?
Pourquoi Seth Rogen (alter ego d'Apatow à l'écran) peut-il faire la Une des Cahiers du Cinéma (#649)1, tandis qu'on pourra attendre encore longtemps avant que Seann William Scott reçoivent les mêmes honneurs ?
Saurait-on envisager qu'on appréhende de manière aussi sérieuse et analytique le moindre courant "équivalent" de comédie française post-TV (Eric & Ramzy ? Michel Hazavanicius ? Maurice Barthélémy ?) ? Car le titre de l'ouvrage que publie les (très exigeantes quoique) très abordables Editions Capricci (où Burdeau prend ses aises depuis deux ans au cours desquels il a discuté, par exemple, avec Luc Moullet ou Werner Herzog !) aurait pu (du ?) être titré: Comédie (Américaine), Mode d'Emploi 2.
De nombreuses autres questions sont bien entendu au coeur de l'ouvrage, des plus techniques (qu'est-ce que des punch-ups, un showrunner, des underdogs, un show single camera, qu'est-ce qu'outliner ou qu'écrire des spec-episodes ?) au plus générales et permettent de dessiner bientôt des sortes de portraits (d'Apatow bien sûr, gentiment névrosé et chaleureusement paternaliste (sa galaxie d'acteurs (Seth Rogen, Paul Rudd, Leslie Mann, James Franco, Jason Segel, Jonah Hill, Bill Hader mais aussi Will Ferrell), d'auteurs (Evan Goldberg), de copains (Ben Stiller, Adam Sandler), de réalisateurs (Gregg Mottola, Adam McKay, Nicholas Stoller,...) sans cesse s'élargissant (le vétéran 80's Harold Ramis ayant rejoint le crew), mais aussi, par exemple, des chaînes de télé qui multiplient les atermoiements à chaque changement de responsables et dont pâtissent les créatifs 3).
Evocations d'influences (tiens ?! Pas un mot sur John Hugues) et d'idoles (Ste-ve Mar-Tin ! mais aussi Lenny Bruce) mais guère des collègues "hors-galaxie" (Kevin Smith, les frères Weitz, Jay Roach, Todd Phillips ou Mark Brazill 4) offrent une perspective certaine d'un garçon (fan de Cassavetes, de Bob Fosse, de Hal Hashby et de... James L.Brooks !), bosseur (damn ! le rire c'est du boulot), multi-casquettes (producteur ici, réalisateur là, scénariste ici et là) et volontiers freaky (l'adage Bovaro-Flaubertien vaut pour presque tous ses films !) mais peu de questions hors les particulières (la durée de ses films) trouvent vraiment de réponses au cours de la centaine de pages d'échanges.
Seule l'introduction (spécieuse parfois, brillante souvent) de Burdeau décrypte la manière, le corpus, l'homo-apatowus. Avançant une thèse d'integrated comedy (à l'instar de l'integrated musical qu'imposera Vincente Minnelli avec Le Chant du Missouri (1944)), le critique souligne par exemple la difficulté du rire tandis que le rire est partout... et expose les perpectives dont le créatif n'a cure, parachevant ainsi une utile introduction (qu'une filmographie en annexe, hé éditeurs !, n'aurait guère parasité pas plus qu'une structure plus organisée peut-être) à la geste du Judd.